lundi 27 janvier 2014

Yves Saint-Laurent (2014)







De ses débuts chez Dior à la création de sa maison de haute-couture. De son idylle avec Pierre Bergé aux excès en tous genres. Yves Saint-Laurent est l'histoire passionnée et romancée de celui qui restera à jamais comme la principale image de la mode et de l'élégance à la française.

Peut-on se fier à une unique bande-annonce ? Autant le dire directement, la mode n'est pas mon fort, mes amis peuvent en témoigner et je déteste par dessus tout ces défilés guindés et faux... Et puis par hasard, ma curiosité sur laquelle je sais toujours compter me pousse à m'interroger sur ce nouveau film qui a un je sais quoi qui saurait m'attirer. Le jeu d'acteur semble très bon, Isaac Albeniz et ses Asturias finissent de me convaincre et j'invite deux amies avec moi, histoire de pas me sentir trop perdu devant un film qui parle de froufrous et de dentelles...

La morale est qu'il faut toujours se fier à son instinct. La réalisation de Jalil Lespert est une parfaite réussite et une agréable surprise. Les points forts sont légion.

 Ce qui saute directement aux yeux est l'interprétation du duo Pierre Berger/ Yves Saint-Laurent porté par un Pierre Niney en état de grâce dans la peau du célèbre couturier. Le jeune homme avoue en interview avoir eu peur de ne rendre qu'une pale copie de St Laurent, mais il n'en est rien. Ici on ne parle pas de copie mais d'incarnation du personnage. Bien que je ne connaisse pas la vie du créateur, l'image qu'en rend Pierre Niney correspond parfaitement à celle que j'imaginais. Un être torturé, obsédé par l'amour et la création mais débordant d'une joie de vivre sans limite. Tout sonne juste jusqu'aux moindres détails. Il n’apparaît dès lors pas étonnant d'entendre le jeune homme avouant avoir disposé de trois coachs pendant le tournage. Un coach physique pour avoir la silhouette longiligne et sèche de Saint-Laurent, un coach de dessin pour reproduire les traits et gestes du créateur ainsi qu'un coach couture pour apprendre à '' toucher '' le tissu tel que le modiste savait le faire. Un tel travail ne peut qu'être salué, surtout quand cette prestation s'avère convaincante.

Mais au delà de Pierre Niney, c'est Guillaume Gallienne qui a de façon surprenante emporté la mise. Drôle, cynique, dur, amoureux, l'acteur démontre tout son talent à travers une palette d'émotions fortes qui sonnent vraies. Cela est personnellement une surprise tant je détestais sa chronique sur Canal+ que je trouvais très pompeuse... Il incarne içi un Pierre Bergé plus vrai que nature et forme un duo parfait avec son jeune compère de la Comédie Française.

On reproche beaucoup aux acteurs français de surjouer, de ne pas être dans le ton juste, surtout quand il s'agit de comédiens membres de la très célèbre institution. On est bien loin ici du très amusant " chevalier de Pardaillec '' des inconnus dénonçant un cinéma français élitiste et sonnant faux.

L'autre force du film est sa mise en scène. Soignée, léchée et voluptueuse, tel un drapé blanc sur une robe en soie, la réalisation souligne parfaitement cette vie poétique et à la fois trash menée par Saint-Laurent. Des images d'une infinie "propreté" qui tranchent avec des scènes rudes et parfois moralement assez violentes.  Le propos du film n'en ressort que plus clairement. Yves Saint-Laurent n'est pas un film sur la mode, mais sur la création artistique et ses influences. Le film tend à démontrer comment une histoire d'amour peut mener au sublime un créateur de génie. Il illustre également cette obsession du dessin, qui, malgré une vie décadente, reste et persiste. Il y a un subtil mélange entre mode et amour, ce qui n'est pas pour déplaire.

L'histoire est forte, bien choisie et rythmée. Il est d'ailleurs important de rapporter ici la juste utilisation de la voix off de Pierre Bergé racontant son histoire avec son pygmalion. Celle-ci n'empeste pas le film et se diffuse parcimonieusement aux moments clés de l'histoire, tout comme un Forrest Gump savait le faire ( oui, j'y reviendrais encore et toujours...)

Bien d'autres choses pourraient être dites sur cette réalisation. Cependant, il est  de mon devoir de vous amener dans les salles voir un vrai Bon film français. Le seul petit défaut qu'on peut lui reprocher est sa tendance à devenir quelque fois un peu trop voyeur, certains passages auraient pu clairement être utilisés de manière plus diffuses.

Le film de Jalil Lespert sonne comme un excellent prétendant aux Césars, à peine un mois et demi avant la prestigieuse cérémonie. On ne peut que souhaiter longue vie à cette production française de qualité qui est digne de représenter la célèbre maxime du créateur : " Les modes passent, le style est éternel ''

C'est pour qui ? 

Pour les amateurs de mode... ou pas
Pour ceux qui veulent encore croire dans le cinéma français
Pour l'envie de découvrir un jeune acteur talentueux
Pour ceux qui détestaient Guillaume Gallienne
et c'est certainement pas pour les fans de Karl Lagerfeld

Galerie photos : 







Bande-annonce :




Interviews de Pierre Niney et Guillaume Gallienne sur le film :




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